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Ce blog n'a qu'une seule et unique prétention : permettre aux uns et aux autres de présenter leurs lectures, les livres qu'ils ont aimés ou pas, d'échanger. Il peut s'agir de coups de gueule ou de cœur, ! Il est ouvert à qui veut participer, laisser des messages signés d'un pseudo ou pas. Il répond aussi à l'idée répandue qu'en Guyane "il n'y a qu'un petit noyau de lecteurs connus" ???? Contributions à envoyer : mensamoli@yahoo.fr
Un premier chapitre qui retient l’attention. Thibaut, le narrateur, entre dans une librairie parisienne tenue par celui qu’il n’a jamais pu appeler Papa. Et il lui annonce qu’une analyse de sang prouve qu’en dépit de ce qu’il appelle sa « particularité », il est bien son fils.
Sa particularité, nous l’apprendrons très vite, est qu’il est né mulâtre dans une famille de blancs n’ayant eu dans son histoire, à sa connaissance, aucun commerce avec la « race » noire. La coupable désignée avait donc été une épouse obligatoirement pécheresse… et le libraire très croyant avait, semble-t-il, vécu l’offense comme une épreuve imposée par Dieu.
Thibaut pense à sa mère qui jusqu’alors a dû vivre son infortune dans une incompréhension la plus totale de l’événement.
Lui-même n’est pas très remué par cette révélation. Enfant, il ne s’était jamais senti « noir » jusqu’au jour où le hasard lui avait fait rencontrer un homme qui avait reconnu dans son type physique, celui d’un Guyanais.
Le lecteur apprend par ailleurs l’existence d’un manuscrit transmis à travers les siècles et retrouvé dans le grenier d’une vieille maison à Cayenne. L’auteur nous fait alors remonter dans les méandres de l’histoire guyanaise. On croise le chemin de Victor Hugues ou de la religieuse Anne-Marie Javouhey. Antoine, un nègre marron pétri des idées de Jean-Jacques Rousseau nous devient familier ainsi que Consuela une blanche « à la manière du Brésil» autrement dit d’origine amérindienne. La trame romanesque s’imbrique dans une fresque historique du pays et s’achève sur la révélation d’un secret familial soigneusement dissimulé par des ancêtres, qui ne savaient pas que ce non-dit rejaillirait malencontreusement sur leurs descendants.
André Paradis a traité un beau sujet et confère au roman à visée historique ses lettres de noblesse.
Marie-Noëlle RECOQUE
A l’origine de toute l’histoire, une faute commise par Ernestine : sa fille Berthilde, née rose avec des yeux très clairs, était la fille d’un « popotte » autrement dit d’un bagnard. « Définitivement souillée », elle s’était réfugiée au Surinam, avant de revenir vivre à Cayenne avec Léon, un brave homme qui ne lui tenait pas rigueur de son passé.
Berthilde épousa Médard, un fils de paysans expropriés lors de l’installation de la base spatiale de Kourou. Le couple eut trois fils : Gaëtan qui prit rapidement la tangente en s’engageant dans l’armée, Urbain, bon élève, bon fils, la prunelle des yeux de ses parents et Belphé, un enfant rebelle, extraverti, joueur de dés et de belotte, dans le quartier populaire de Rot bo krik.
Médard, bras droit du secrétaire de mairie, observait les magouilles de la municipalité sans oser les dénoncer car il ne voulait pas risquer de perdre sa place ni celle de son épouse, employée communale, en tant que balayeuse de rue. Et surtout, il voyait en son fils préféré Urbain, un leader politique potentiel, et il tenait à lui mettre le pied à l’étrier.
Urbain fit des études de droit en France, ses parents se languirent de lui, attendant son retour comme celui du messie. Jamais Belphé n’eut pas droit à leur attention, il obtint un CAP, « ses parents remercièrent le Seigneur, oubliant de féliciter le jeune homme ». Celui-ci, sensible à l’injustice, regarda autour de lui et découvrit que son pays aussi souffrait, alors il devint militant du MOGUADE, un parti anticolonialiste. Ses parents le prirent mal et l’accusèrent de vouloir nuire à son frère, sous-directeur de banque et futur député de Guyane sous la bannière d’un parti fidèle à la mère-patrie.
L’opposition entre Urbain et Belphé ira en s’exacerbant: cherchez la femme ! Puis ce sera la tragédie : « Abel… !».
Ce roman nous parle de séquelles de la colonisation, de la volonté d’émancipation pour les uns, du choix de l’assimilation pour les autres.
Lyne-Marie Stanley, avec simplicité, nous ouvre une fenêtre sur son pays, la Guyane.
Marie-Noëlle RECOQUE
Extrait : Belphégor avait esquissé un léger sourire en voyant le crapaud. Deux avocats créoles et un juge métropolitain entouraient ce dernier. Les deux créoles avaient une attitude prudente prêts à s’écarter au moindre mouvement de la bête, ils conseillaient à la femme blanche de ne pas s’approcher. Mme la juge s’impatientait, elle n’allait pas annuler la séance à cause d’un vulgaire crapaud, elle avait une dure journée devant elle. Elle se mit à crier !
- Qui a mis cette bête ici ? Que la personne concernée, veuille bien l’enlever !
La foule avait bien entendu. Personne ne broncha, pourtant ils avaient tous vu entrer, la première, dés l’ouverture des portes, une femme d’un certain âge, une grosse boîte à la main qu’elle avait ouverte et d’où était sortie l’énorme bête. Elle était habillée de blanc, la tête attachée d’un foulard noir, une chaîne portant un crucifix autour du cou. Impassible, elle les regardait tous, semblant les mettre au défi de la désigner. Ils baissèrent les yeux, deux ou trois sortirent, ils ne doutaient plus de l’issue du procès.