dimanche 15 février 2009

Un homme est mort


Histoire d’un film, portrait de son réalisateur, chronique d’une grève  
qui conduira à la mort d’Edouard Mazé, syndicaliste de la CGT, cette  
bande dessinée est autant un acte de mémoire qu’un hommage à la lutte  
syndicale.Nous sommes en 1950. La seconde guerre mondiale a dévasté Brest, comme  
tant d’autres villes, et les ouvriers chargés de sa reconstruction  
réclament, inutilement, les bons de lait promis et des salaires  
décents. La ville paralysée par un mouvement social généralisé  
assiste, dans ses décombres, à une confrontation musclée entre les  
forces de police et les grévistes. A René Vautier, cinéaste « franc tireur », engagé dans un cinéma de protestation, réalisateur de Afrique 50 qui dénonce le quotidien des Africains et la réalité coloniale, la CGT commande un reportage sur  
les piquets de grève, l’union syndicale, la solidarité et les obsèques  
d’Edouard Mazé. Il s’en acquitte avec deux camarades, Désiré et Tit  
Zef ; ensemble ils filmeront, dans des conditions techniques sommaires  
pour ne pas dire risibles, la résistance aux patrons affameurs, les  
chantiers, l’arsenal, les docks, les hommes, les murs, les affiches,  
les graffiti, la colère, la tristesse et ce cercueil porté en terre.  
Rien n’est oublié… excepté le son. Alors, pour donner corps à ces  
images qui parlent pourtant d’elles-mêmes, sera récité en voix « off »  
le magnifique poème de Paul Eluard dédié à un résistant tué par les  
Allemands, il suffit d’en changer le nom…

Un homme est mort qui n’avait d’autre route que celle où l’on hait les fusils
Un homme est mort qui continue la lutte contre la mort, contre l’oubli
Car tout ce qu’il voulait nous le voulons aussi nous le voulons aujourd’hui (…)
Mazé est mort pour ce qui nous fait vivre
Tutoyons-le sa poitrine est trouée
Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux
Tutoyons-nous, son esprit est en vie

Que reste-t-il de ce joli film résolument partisan ?... une enquête  
des auteurs sur les circonstances de cette grève qui, pendant 50 ans,  
ont été plus ou moins maintenues sous une chape de plomb ; des  
rencontres décisives avec les acteurs de cette période ; des souvenirs  
liés à des histoires personnelles ; enfin une BD classique (trop peut-
être) de ligne claire, aux couleurs de brume, de pluie ou de nuit,  
dans laquelle le chant « ouvrier » magnifique de douleur et de poésie  
est porté haut et loin par Tit Zef, Kris et Davodeau. Quant au film,  
il s’est émietté dans un projecteur…


Un homme est mort
Kris. Etienne Davodeau
Futuropolis. 2008. 76p.

> Monique Dorcy
Documentaliste au Collège Chlore Constant
Public : Lycée et syndicats !!!
Dossier final sur Brest des années 50, René Vautier et le parcours de cette BD.

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